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L’insuffisance rénale chronique chez le chat

11 Sep

J’ai déjà écrit un article sur l’insuffisance rénale chez le chien. Nombre d’entre vous m’ont demandé si il était transposable aux chats… La réponse est oui, bien sûr, quant à la pathogénie, mais le chat et le chien n’étant pas la même espèce, il y a certains points plus spécifiques aux chats que je vais tenter d’aborder pour vous ici…

Le rein est un organe qui filtre le sang et qui est chargé de le détoxifier en éliminant les toxines (les déchets) produits par l’organisme. Quand je dis « le rein », je parle en fait DES reins, présents en nombre normal de deux.

Les reins filtrent donc le sang pour le transformer en urine, qui est stockée dans la vessie via les uretères et est ensuite éliminé lors de la miction (« acte d’uriner ») par l’urètre.

Quel talent! (non?)

Quel talent! (non?)

Lorsque le rein est défaillant, il ne peut plus filtrer le sang et les toxines s’y accumulent (dans le sang).

L’insuffisance rénale chronique est une maladie qui touche le plus souvent les chats âgés. Ou lors d’anomalies congénitales (anatomiques ou fonctionnelles) chez des jeunes animaux (polykystose rénale par exemple).

L’insuffisance rénale chronique se met en place petit à petit : le rein est détruit progressivement. On diagnostique souvent cette maladie à un stade avancé de la maladie car l’organisme a tendance à compenser et à tolérer de lentes augmentations des toxiques dans le sang, jusqu’à un certain stade … où il est souvent peu aisé de faire machine arrière.

On peut clairement dire que le rein est LE talon d’Achille de l’espèce féline … C’est une espèce qui boit très peu d’eau lorsque l’on rapporte cette quantité à son poids corporel, qui est sujette aux affections/infections urinaires, … et ces particularités font que le chat est naturellement une espèce sensible au niveau de sa fonction rénale.

Quelle en est la cause?

On n’arrive souvent pas à expliquer la cause primaire de l’IRC (Insuffisance Rénale Chronique) : il s’agit d’un vieillissement prématuré (ou non) de cet organe. Par contre, on sait que des facteurs extérieurs peuvent aggraver et accélérer la maladie : la déshydratation, l’ingestion de toxiques ou de médicaments qui vont détruire le rein, des infections urinaires chroniques, des calculs urinaires (rénaux, urétéraux ou urétraux), des tumeurs rénales, de l’hypertension, des anomalies anatomiques, …

Quels en sont les symptômes?

Un chat qui souffre d’IRC boit et urine généralement beaucoup (on appelle cela dans le jargon médical un syndrome de « polyurie – polydypsie »). Il est KO, a mauvaise haleine, mange peu et peut même vomir fréquemment. Il maigrit et se déshydrate malgré qu’il boive beaucoup.

Le hic est que les symptômes n’apparaissent que lorsque plus de 2/3 du rein est atteint. Vous vous rendez donc compte que la maladie est souvent diagnostiquée tard dans le processus.

Comment diagnostiquer l’IRC?

En se rendant chez son vétérinaire, évidemment!

Car, sur base des symptômes que vous lui décrirez, votre véto vous proposera probablement de réaliser des examens complémentaires. En général, on réalise quasi systématiquement une prise de sang et une analyse urinaire.

L’analyse urinaire permettra de diagnostiquer plus précocement une IRC que la prise de sang. En effet, une des premières valeurs qui se modifie lors d’un début d’IRC, c’est la densité urinaire. Un chat a une densité urinaire normalement très élevée (comprise entre 1035 et 1060) car il concentre très fortement ses urines. Chez le chat insuffisant rénal, cette densité sera moindre, car il n’arrive plus à concentrer ses urines (et il boit et urine plus). La densité urinaire est calculée à l’aide d’un petit appareil appelé « réfractomètre ».

Réfractomètre. Copyright Vet and the City

Réfractomètre. Copyright Vet and the City

ATTENTION cependant, une densité urinaire basse ne signifie pas systématiquement qu’il y a une insuffisance rénale!

On en profite également pour faire une bandelette urinaire et vérifier d’autres paramètres que la densité, dont la présence de protéines dans les urines.

Bandelette urinaire Copyright Vet and the City

Bandelette urinaire
Copyright Vet and the City

D’autres types d’analyses urinaires seront peut être nécessaires (ECBU par exemple) …

L’analyse sanguine montrera une augmentation de toxiques éliminés généralement par le rein sain mais que le rein malade ne peut plus filtrer (urée, créatinine). C’est l’augmentation de ces toxiques dans le sang qui fait que l’animal ne mange plus ou mange moins et qu’il soit nauséeux.

Augmentation des paramètres sanguins : Urée (BUN) et Créatinine (CRE) chez un chat souffrant d'IRC.  Copyright Vet and the City

Augmentation des paramètres sanguins : Urée (BUN) et Créatinine (CRE) chez un chat souffrant d’IRC.
Copyright Vet and the City

On observe aussi souvent des variations dans l’ionogramme (les ions sanguins : calcium, phosphore, sodium, potassium, chlorure, …) ainsi que des troubles de l’équilibre acido-basique. Très compliqué à expliquer tout ça, mais sachez que ces différents paramètres, dosés par votre vétérinaire dans la prise de sang, permettent d’affiner le diagnostic, de caractériser la gravité des lésions et de donner un pronostic vital à votre compagnon.

On réalise aussi fréquemment une numération formule sanguine. Un chat souffrant d’IRC sévère présentera de l’anémie. En effet, l’érythropoïétine (EPO) est une hormone produite par le rein et dont le rôle est de stimuler la production de globules rouges par la moelle osseuse. On comprend donc qu’un animal dont les reins souffrent synthétisera moins d’EPO, et donc, sa production de globules rouges diminuera, d’où l’anémie.

D’autres examens vous seront peut-être proposés afin de mieux caractériser les lésions ou de poser un pronostic précis, comme une radiographie abdominale, une échographie afin de visualiser l’état des reins, une mesure de la pression artérielle, …

Quel est le traitement de l’IRC?

Il est important de comprendre que le pourcentage de tissu rénal qui est détruit au moment du diagnostic d’IRC l’est de manière irréversible. Malgré cela, un traitement est possible et le chat peut être stabilisé et vivre des années sous traitement. Le traitement réduira les symptômes, augmentera la qualité et la durée de vie de l’animal.

Le traitement mis en oeuvre dépendra du stade d’IRC.

Je vous ai expliqué précédemment qu’un chat souffrant d’IRC pouvait se déshydrater. Cela provient du fait que, comme les reins sont malades, ils ne peuvent plus retenir suffisamment l’eau de l’organisme. Le chat urine donc beaucoup. Il boit également beaucoup pour compenser ces pertes urinaires. Mais comme il mange moins, vomit ou a de la diarrhée, les pertes en eau sont plus importantes que sa prise de boisson, donc, le chat se déshydrate. Or, cette déshydratation est néfaste pour les reins car elle diminue le débit de filtration et l’oxygénation de ces organes.

Votre vétérinaire vous proposera donc peut être d‘hospitaliser votre félin sous perfusion. La perfusion permettra de réhydrater l’animal, de réaugmenter le débit de filtration des reins et de forcer les reins à éliminer les toxiques.

Si le chat vomit ou présente des troubles gastro intestinaux (ulcères, diarrhée, …) : un traitement symptomatique sera mis en oeuvre. Anti vomitifs, anti diarrhéiques, pansements gastro-intestinaux, anti acides …

En cas d’anémie sévère secondaire à son IRC, votre vétérinaire pourra avoir recours à des anabolisants, une supplémentation en fer, voire une transfusion.

Votre vétérinaire vous prescrira également très certainement un régime alimentaire adapté. Ce régime alimentaire vise à limiter l’apport de protéines et l’apport excessif de phosphore et de sodium. Quand je dis qu’il faut réduire l’apport de protéine, ce n’est pas tout à fait vrai. Il faut continuer à apporter des protéines, mais ces protéines doivent être d’excellente qualité afin de ne pas accélérer le vieillissement des reins. Ces aliments spécifiques sont généralement riches en oméga 3 qui possèdent un effet « anti inflammatoire » naturel bénéfique.

Le gros problème que mes clients rencontrent est que ces aliments sont (il faut le souligner) moins appétissants que les autres aliments. Il faut donc réaliser une transition alimentaire progressive afin d’habituer le chat à sa nouvelle alimentation. S’il refuse catégoriquement l’alimentation de type « rénal », on essaiera de trouver une alternative acceptable car mieux vaut qu’il mange quelque chose de moins adapté plutôt que ne rien manger du tout.

Il faut aussi essayer de donner une alimentation humide en boites ou sachets fraicheur à son chat. Il existe des boites d’aliments de type « rénal » également. L’alimentation humide est même préférable aux croquettes car les boites et sachets fraicheur contiennent plus d’eau et contribuent donc à la réhydratation du chat.

Si le chat refuse de s’alimenter, votre vétérinaire vous proposera peut être de lui placer une sonde (un tube) dans l’estomac afin de le forcer à manger.

Je sais que l’alimentation est un sujet de discorde avec son véto. Le chat insuffisant rénal a par définition un appétit capricieux. Et votre véto vous demande de lui donner un aliment peu appétent (ceci dit, les différentes marques d’aliments ont fait des efforts en matière d’appétence, il suffit parfois de tenter différentes marques pour trouver leur bonheur). Je le dis donc ici et je crois que tous mes confères et consoeurs seront d’accord pour dire la même chose : OUI, dans la mesure du possible il ne faut donner que l’aliment rénal à votre chat, si possible sous forme de boites, sinon sous forme de croquettes. C’est vraiment mieux pour sa santé, et c’est la seule et unique alimentation qui optimisera ses chances de ne pas refaire de crise urémique et qui évitera que la maladie ne progresse plus rapidement. MAIS, effectivement, si vous avez tout essayé, il vaut mieux que votre chat mange autre chose plutôt qu’il ne mange pas du tout. Ce qui semble logique. Mais c’est moins bien. Voilà, on fait comme on peut, mais l’alimentation diététique rénale, c’est vraiment mieux.

Des médicaments seront très certainement prescrits à votre chat.

Des IECA (Inhibiteurs de l’Enzyme de Conversion de l’Angiotensine), des chélateurs de phosphores (pour éviter que le phosphore n’augmente dans le sang), des supplémentations en potassium, des médicaments « tampons » pour éviter l’acidose, des probiotiques, des complexes multivitaminés, des hypotenseurs, des compléments permettant de freiner l’hyperparathyroïdie (hyper sécrétion de la glande parathyroïde) secondaire à l’IRC…

Tous ces médicaments sont à donner selon la prescription de votre vétérinaire. On ne donne pas tout et n’importe quoi, à n’importe quel stade. Parlez et discutez avec votre véto, c’est le meilleur allié de votre compagnon.

C’est un peu difficile de vous expliquer le fonctionnement et l’utilité de tous ces différents médicaments dans un article « vulgarisé ». Si vous vous intéressez à celà, demandez à votre véto, je suis certaine qu’il arrivera à vous expliquer pourquoi il donne tel ou tel médicament à votre chien dans son cas bien précis, avec des mots simples.

Je m’attarde cependant un peu plus sur les IECA, car c’est vrai que ce médicament fait quasi systématiquement partie du traitement des chats souffrant d’IRC. Il existe plusieurs IECA disponibles, et plusieurs labos qui les fabriquent, donc plusieurs noms de médicaments possibles. Pour les reconnaitre et savoir de quoi je parle, c’est facile : le principe actif de ces médicaments se termine par « -pril ». Ces médicaments diminuent la pression artérielle et la pression au niveau des reins, et en parallèle ils augmentent le flux sanguin rénal et le taux de filtration des reins. Les IECA permettent de réduire la protéinurie (présence de protéines dans les urines) si elle est présente. La protéinurie est, en effet, en plus d’un signe de lésion rénale, un facteur aggravant de l’IRC. C’est donc un très bon allier dans le traitement de l’IRC. Traitement qui, je le rappelle, n’est que palliatif, car les lésions déjà en place sont irréversibles, et la maladie évolue inexorablement. On ne peut qu’en ralentir le processus.

Les effets indésirables secondaires des IECA sont : apathie, ataxie, tremblements, incoordination, anorexie, vomissements et diarrhée. Ces effets secondaires sont généralement des signes d’hypotension et/ou d’azotémie (présence d’azote dans le sang, qui peut être la conséquence d’une diminution du taux de filtration des reins suite à l’hypotension).

Il est donc très important de faire contrôler régulièrement votre chat chez votre vétérinaire. Car si on utilise très fréquemment ces médicaments pour tenter de pallier à l’IRC, on se doit également d’en moduler les effets secondaires rares, mais possibles.

Et la dialyse? Et la greffe de rein?

Une dialyse serait possible, dans l’absolu. Le hic est que le matériel de dialyse coûte un bras, et qu’à ma connaissance il n’y a qu’un seul centre d’hémodialyse en France, à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon. Et dans ce centre, on ne réalise de dialyse que sur des cas d’IR aiguë. A oublier, donc … pour le moment.

La greffe de rein quant à elle est techniquement possible, oui. Mais pas en France, ou du moins, pas actuellement. C’est une chirurgie qui commence à être pratiquée dans les pays anglosaxons, via des chats donneurs. A oublier aussi, donc … pour le moment.

OK, mon véto a donné un traitement à mon chat, on se revoit quand?

La réponse, c’est SOUVENT, malheureusement. Un chat sous traitement d’IRC doit être revu fréquemment par son véto. Une semaine à dix jours après la mise en place du traitement, pour un contrôle sanguin, généralement, puis aussi souvent que votre véto ne le jugera nécessaire. Mais au moins deux à trois fois par an, quand tout va bien et que l’animal est stable.

Les visites de contrôle ont pour but de contrôler physiquement votre chat (le peser, juger de son taux d’hydratation, mesurer sa pression artérielle, …) et de réaliser des examens de laboratoire (prise de sang : biochimie sanguine et numération formule sanguine, analyses d’urines, …) qui permettront à votre véto de déterminer la réponse au traitement et d’évaluer la condition de votre chat. Son traitement sera donc modulé et adapté en fonction des résultats de ces différents examens.

A quoi dois-je être attentif au jour le jour?

Vous devez être attentif à tout signe potentiel d’aggravation de la maladie de votre chat : augmentation de la soif, augmentation de la quantité d’urine émise, baisse d’appétit, amaigrissement, vomissements, …

Quel pronostic pour mon chat?

C’est très difficile pour moi de vous donner un pronostic dans un article généraliste. C’est votre vétérinaire, qui connaît votre chat, et a devant lui le cas unique de votre chat, qui pourra réellement vous donner un pronostic aux vues de l’état de votre compagnon, de ses résultats d’analyses, et de sa réponse à son traitement.

Le pronostic va évidement dépendre de l’étendue des lésions rénales et du traitement mis en place.

MAIS, la « pas trop mauvaise nouvelle » est que la durée de vie du chat souffrant d’IRC diagnostiqué précocement et qui reçoit un traitement adapté peut être très longue, de plusieurs années.

Un chat qui est malade d’IRC ne souffre pas, en général, sauf en phase terminale, c’est à dire quand les reins ne fonctionnement plus du tout et que les taux d’urée sont très importants. Le chat est alors comateux, très nauséeux, voire il convulse. A ce stade, on ne pourra malheureusement plus faire grand chose.

En conclusion?

Si votre chat souffre d’IRC :

– Ne loupez pas les visites de contrôle chez votre vétérinaire, même s’il vous semble aller bien. Toute légère augmentation de ses paramètres, la moindre perte de poids, … nous amènera à modifier son traitement, pour son bien, et pour augmenter son espérance de vie.

– Soyez strict quant à son traitement et son alimentation. Ce n’est vraiment pas une stratégie marketing de votre vétérinaire de vous obliger à lui donner de la nourriture adaptée.

Et dépistez la maladie le plus tôt possible! En effet, au plus tôt on prend la maladie en charge, au plus longue sera l’espérance de vie de l’animal. C’est la raison pour laquelle il est conseillé de faire réaliser un bilan sanguin et urinaire annuel à partir de l’âge senior (au plus tard dès l’âge de 10 ans) pour la grande majorité des chats.