La propreté du chien

20 Fév

Les questions relatives à la propreté sont systématiquement abordées en consultation du chiot. Pour arriver à un résultat, il est important d’être systématique et cohérent, et d’aborder une démarche d’apprentissage dès l’acquisition du chiot.

A cet égard, je vous retranscris ici les conseils avisés du Docteur Gérard Muller, Vétérinaire comportementaliste…

 

LA BONNE METHODE D’ÉDUCATION

Quand le chiot mène une vie régulière, il fait à peu près toujours ses besoins au même moment : réveil, activité, pipi… repas, activité, pipi… Le propriétaire attentif saura rapidement repérer ces instants et sortir son animal au moment opportun, pour le conduire à l’endroit choisi.

Il est nécessaire que cet endroit ait été préalablement défini avec soin ; il faut que le chien y retrouve ses odeurs.

Là, le maître attendra que les mictions et défécations se produisent et récompensera celles-ci, en fin de séquence et comme deux comportements séparés. Il faut bien sûr ne pas rentrer immédiatement le pipi fait, la sortie étant souvent pour l’animal un moment de plaisir, la fin de celle-ci peut être perçue comme une punition. De même le maître doit obligatoirement attendre que le chien se soulage avant de rentrer.

Bien sûr, ce qui est vrai en théorie sera souvent délicat à réaliser. Les premières fois le maître doit attendre longtemps, le chiot est effrayé, il n’est pas habitué à la rue et cherche d’abord à explorer. Il a besoin de retrouver des odeurs connues et il faut être patient. Avec le concours de l’éleveur, il est possible d’utiliser le support auquel il est habitué : quelques pincées de copeaux ou un fragment de journal seront souvent utiles pour déclencher les premiers pipis.

Tous les détails ont ici beaucoup d’importance. Il faut s’assurer que la récompense est systématique (en début d’apprentissage), immédiate et adaptée. Rappelons que cette récompense ne doit pas être néfaste (sucre) et qu’une caresse convient parfaitement si celle ci est réellement démonstrative. Les grands discours sont souvent perturbateurs et incompréhensibles pour le chiot. Par contre un grand sourire et une vraie caresse douce et chaleureuse sont toujours sans équivoque. Il est important que cette récompense soit donnée sitôt l’élimination terminée ; il faut laisser le chien finir et renifler ses déjections puis le féliciter immédiatement. De nombreux maîtres pensent qu’il est utile de donner une récompense, en rentrant, quand le chien a fait ses besoins. Cette récompense tardive n’est pas adaptée.

Enfin, soulignons le caractère dynamique de cet apprentissage. Le maître doit être présent, à côté de son chien. Bien des maîtres répugnent à accompagner leur chiot et le laissent apprendre à s’isoler. Le chiot fait alors au fond du jardin ou sur la pelouse du parc et le maître se contente d’attendre. Dans ce cas, la récompense ne peut pas tomber au bon moment et le contrôle du lieu ne peut pas être précis.

Il est nécessaire de sortir le chiot souvent, il n’est effectivement pas capable de se retenir plus de 5 ou 6 heures avant quatre mois. Cela signifie qu’il est normal au début d’avoir des pipis à l’intérieur.

Certains chiots font beaucoup plus souvent pipi que d’autres et les accidents sont fréquents. Que le maître ne s’inquiète pas, le chiot qui se trompe ne régresse pas. L’important est d’avoir plusieurs fois par jour l’occasion de lui montrer ce qu’il doit faire.

Pris sur le fait en train de chercher un coin tranquille, il est possible d’interrompre la séquence par un NON et de transporter alors le chiot à l’endroit propice. En revanche, le maître qui trouve une souillure ou qui arrive en fin de séquence, ne doit rien dire. Même en montrant le pipi, il n’arrivera pas à faire comprendre ce qu’il désire au chien. Il doit se contenter de ramasser, si possible en l’absence du chien qui pourrait alors chercher à jouer et finirait peut être par associer les pipis et le jeu. De plus il est fréquent que le maître manifeste en nettoyant sa contrariété que le chien perçoit comme une punition.

Si le chien est adulte, il faut davantage insister sur la nécessité de nettoyer en l’absence du chien qui, hierarchisé puisqu’adulte, pourrait lire dans ce ramassage, des signes d’acceptation et de soumission.

Quand le chiot commencera à être régulièrement propre, il faudra passer à des récompenses intermittentes puis aléatoires de façon à ancrer les comportements.

Seulement alors, il pourra être utile de parfaire l’apprentissage en créant des inhibitions. On utilise alors des « punitions » qui devront intervenir exactement en début de séquences et rester très légères (voix forte). Un chien bien élevé doit être capable de s’interrompre en cours d’exécution si son maître le lui ordonne.

Le maître doit être conscient que cet apprentissage même très bien mené n’empêche pas quelques oublis. La continence n’est parfaite qu’après la puberté et une erreur ne remet pas l’éducation en cause.

AUTRE METHODE D’ÉDUCATION : LE JOURNAL

Il est temps, si l’on veut que les jeunes propriétaires cessent d’être ballotés entre éleveurs et vétérinaires, que cette méthode d’éducation à la propreté soit définitivement abandonnée. En effet, il faut reconnaître que régulièrement cette façon de procéder conduit à l’échec. Nous avons choisi néanmoins, de la décrire cette façon d’enseigner la propreté pour que chacun puisse en apprécier les éventuelles carences.

Les principes qui régissent cette façon de procéder sont les mêmes que les précédents. À l’aide de récompenses, le chiot va être conditionné à se soulager sur des journaux. Le journal sera placé près d’une porte qui sera progressivement fermée. Il sera assez vite possible d’apprendre au chien à demander l’ouverture de cette porte à travers de laquelle il peut sentir le journal. Dès lors que le chien sait pleurer à la porte pour faire ses besoins il est temps de lui apprendre à faire dehors. Les premières fois il est nécessaire d’emmener un morceau du support (journal imprégné d’odeurs) pour inciter le chiot. Ce support sera par la suite diminué de taille puis supprimé.

Cette méthode présente un avantage certain qui est de permettre très rapidement au chiot d’être autonome, même la nuit, puisque le maître ne doit pas se lever pour le conduire au journal. De plus elle utilise les penchants naturels du chiot qui fera très facilement, toujours au même endroit, surtout si l’odeur persiste.

Si ces avantages sont très séduisants, les inconvénients les contrebalancent largement. Le premier problème avec cette méthode est la démobilisation du maître ; le chiot semble apprendre seul mais en fait il n’apprend rien. Il fait sur le journal mais de façon naturelle, le maître oublie de le récompenser et de contrôler. Au bout de quelques mois on se trouve dans la situation de sortie d’élevage avec un chien habitué à faire sur des journaux. Il faut donc activement prévenir le maître qu’il doit poursuivre l’apprentissage jusqu’à obtenir le contrôle complet. La méthode n’est possible que si le maître s’investit.

Le deuxième inconvénient est le trop rapide conditionnement au journal. Après quelques récompenses bien distribuées le chiot est habitué à se soulager sur le journal et il attend de revenir à la maison pour retrouver son quotidien préféré. Le propriétaire est donc obligé de transporter un journal, qu’il va disposer dans le caniveau pour inciter son chien à s’exécuter. Dans certains cas, le chien sera même conditionné à un emplacement de la maison et il faudra alors tout recommencer car il n’est pas possible de transporter cet endroit à l’extérieur. Le maître perçoit souvent très mal ce blocage et aba, donne le plus souvent alors la technique gratifiante au profit des méthodes coercitives qui lui sont conseillées par ses proches.

Il est toutefois possible d’éviter cet écueil en plaçant le journal sur un support plastifié qui empêchera l’odeur d’urine d’imprégner le sol. Pratiquement une planche fine fait l’affaire. Les journaux peuvent y être punaisés ce qui évite que le jeune chiot ne s’amuse à les transporter dans toute la maison. Il faudra quand même prendre la précaution de déplacer modérément mais régulièrement la planche pour que le conditionnement soit correct.

Ces inconvénients font de la méthode une cause d’échec fréquente. Il est nécessaire que le maître qui a commencé ainsi soit encadré avec soins jusqu’au résultat final. Il faut se montrer très convaincant, car au début, le propriétaire pensera que tout se passe normalement puisqu’il n’et pas tenu de ramasser les déjections de son animal.

À QUEL ÂGE COMMENCER L’APPRENTISSAGE ?

Une des causes de malpropreté du chiot est l’apprentissage tardif. À cause des risques de maladie, il est souvent conseillé aux maîtres de ne pas sortir leur chiot avant la fin des vaccinations. Cette idée, solidement ancrée dans les esprits, n’a pas de fondement scientifique. Le simple fait de ne pas sortir les chiots ne les empêche pas d’être soumis à la pression virale extérieure puisque les maîtres, eux, sortent et véhiculent les virus. Il est illusoire de croire qu’il est possible de protéger le chiot par cette simple mesure. Les éleveurs de porcs qui désirent protéger leur élevage de la pression virale, pratiquent des élevages dits « spf » (specifics pathogens free) qui dans la pratique conduisent à transformer les bâtiments de l’élevage en de véritables forteresses. Comment pourrait-on avoir le même résultat en empêchant le chiot de sortir. Cependant cette attitude retarde le développement comportemental (éveil) des chiots qui est même compromis si les premières sorties sont postérieures à 3 mois.

Il faut commencer l’apprentissage de la propreté le plus tôt possible soit vers l’âge de six semaines quand le jeune chiot arrive à la maison. Bien sûr à cet âge, les réflexes de continence sont encore imparfaits mais l’acquisition précoce des bonnes manières renforce la qualité de l’apprentissage. À l’âge de quatre mois un chiot doit être capable de demander pour ses besoins. Même si des accidents sont encore fréquents, le principe de propreté doit être acquis.

Profitons donc de cet aparté pour souligner l’importance de pratiquer l’ouverture de l’élevage. Pour l’éleveur, produire un chiot qui répond à la demande est un objectif professionnel. Cette demande comprend la socialisation du chiot et ses capacités à rencontrer une voiture et à vivre en milieu urbain. L’isolement dans lequel le chiot est maintenu jusqu’à l’âge de trois mois est responsable de son inadaptation à la vie en société et à la vie urbaine. Il est donc souhaitable que les éleveurs modernes intègrent cette partie de leur cahier des charges et s’obligent à rendre le milieu de développement des chiots riche et varié.

POURQUOI PAS LES MÉTHODES D’ANTAN ?

Cette question nous est en effet régulièrement posée. De nombreux maîtres, n’en sont pas à leur premier chiot et depuis toujours, pour qu’un chien soit propre il suffit de lui « coller le nez dedans deux ou trois fois » et le tour est joué. Pour de tels maîtres, il peut paraître inconcevable de ne pas punir le chien. Il faut reconnaître que la méthode punitive peut s’avérer efficace ou du moins peut donner l’impression d’un résultats si certaines conditions sont réunies.

Si le maître gronde systématiquement son chien quand il se soulage, et, qui plus est, s’il le gronde parce qu’il voit ses besoins (sur le tapis ou dans la maison), le chien finit par associer déjections, présence du maître et punition. Pour échapper à cette dernière, le chien doit donc arriver à se soulager à l’insu du maître et cacher ses déjections. Si le chien soumis à cette méthode a la possibilité de sortir librement, il va spontanément aller se cacher pour faire ses besoins loin de son maître, au jardin notamment. Remarquons que de tels chiens sont par contre le plus souvent, incapables de se conduire correctement avec leur maître en ville, et qu’ils n’osent pas faire leurs besoins devant leur maître. Pour résumer la situation, il suffit de dire que ces animaux ont appris à ne pas être « sales » mais qu’on est loin de pouvoir dire qu’ils sont « propres ».

Si l’accès du jardin n’est pas libre ou, si, dans un nouveau contexte social, il n’y a plus de jardin, le chien, soumis aux mêmes contraintes va reproduire cette attitude dans la maison et ira cacher ses besoins derrière une armoire ou sous une commode. Ce qui était dans l’exemple précédent interprété comme une preuve d’intelligence, deviendra bien souvent dans ce nouveau contexte, une preuve de malice. Les attitudes coupables du chien devant les colères du maître, renforcent souvent la conviction du propriétaire qui croit que son chien fait mal exprès pour l’ennuyer. On le sait pourtant, ces attitudes sont des marques de soumission, destinées à apaiser le dominant et le contresens du maître perturbe de façon grave l’équilibre de sa relation avec son chien.

Il n’est donc pas surprenant qu’une méthode coércitive ait pu donner satisfaction à une époque où les rapports maître-chien étaient différents, notamment quand le chien était surtout conçu pour vivre dehors.

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